Chega de saudade – Act I est l’acte de pointer un revolver sur la tempe de mon identité.
Non pas pour l’exécuter, mais pour la forcer à se révéler.
C’est accepter la mort d’un récit familial saturé de nostalgie et d’empoisonnement idéologique,
afin de laisser naître un regard renouvelé sur mon histoire intime, ma filiation et ma construction identitaire.
Voiles blancs translucides.
Body noir.
Jupe mi-longue bleue.
Mocassins à talons noirs.
Gants en cuir marrons.
Gants de ménage rose.
Croix.
Statuette de la Vierge Marie.
Oeillets rouge.
Fumée.
Il a été difficile d’accepter cette œuvre en moi-même.
Elle était là depuis déjà quelques années, à s’inviter dans mes pensées, à déplacer mon regard sur moi-même.
Je l’évitais du regard, par peur de ce qu’elle viendrait détruire.
Je savais qu’une fois nos regards croisés, rien ne serait plus jamais pareil.
Je savais que je n’allais pas faire une « création chorégraphique », mais une révolution intime.
Que le travail ne s’arrêterait pas au studio, puisqu’il n’avait pas commencé là-bas non plus.
Que le travail serait dangereux pour moi-même, et peut-être pour d’autres comme moi.
Qu’il serait exigeant, laissant peu de place à l’erreur.
Et pourtant, qu’il nécessitait l’erreur pour advenir — qu’il fallait accepter de trébucher.
Que la seule porte pour en sortir saine et sauve serait celle de l’authenticité.
Parler depuis mon prisme, mon histoire, mes questions.
Ne pas chercher à résoudre le monde entier, mais à être (très) spécifique.
Ne pas chercher une morale ni une résolution.
Accepter de dévoiler. De déposer.
Chercher à me comprendre.
Ne pas chercher ce qu’il faudrait dire.
Le dire.
Exactement ce qui peine à sortir de ma bouche. Le dire.
Avec le corps, avec un regard, avec un geste.
Avec la voix, avec fragilité, avec impertinence.
Avec autorité, avec prudence, avec beaucoup de peur et d’appréhension.
Le dire quand même, parce que c’est nécessaire et parce que cela me coûte.
Le dire parce que c’est l’inconfort d’avoir ces mots coincés dans la gorge qui me force à parler.
Le dire parce que j’ai besoin de l’entendre.
Le dire parce que peu en parlent.
2023-2025
Chorégraphie et dramaturgie ⸺ Inès Mauricio
Interprétation ⸺ Inès Mauricio
Collaboration artistique et composition musicale ⸺ Mackenzy Bergile
Lumière et collaboration artistique ⸺ Eduardo Abdala
Photographie et collaboration artistique ⸺ Neige Sanchez
Graphisme ⸺ Inès Mauricio
Production déléguée ⸺ Collectif FAIRE-E - CCN de Rennes et de Bretagne
Co-production ⸺ CCN de Rennes et de Bretagne subventionné par le ministère de la Culture (Direction régionale des Affaires culturelles), Rennes Ville et Métropole, la région Bretagne et de Département d’Ille-et-VIlaine
Accompagnement ⸺ CCN de Rennes et de Bretagne
Premières:
27-30 novembre 2025: ARSENIC, Lausanne
ARCHIVE 01
CHEGA DE SAUDADE — ACT I
Avec « Chega de saudade - Act I » Inès Mauricio questionne sa filiation portugaise par le prisme de son récit familial en traversant les différentes postures héritées et transmises au fil des générations. Elle esquisse un portrait de la période coloniale salazariste en Angola en s’appuyant sur l’histoire de sa grand-mère, « Avò », qui a fait partie de ces portugais qui se sont installés en Angola à la recherche d’une posture sociale renouvelée.
Dans cette perspective, Inès dessine un portrait intime de son héritage familial, comme un album photo que l’on feuillette avec nostalgie. Et à mesure que l’on déroule ces images, on se retrouve presque dans la peau de ceux que l’on se remémore. On célèbre leurs réussites, on pleure leurs pertes. Mais en basculant de perspective, lui faudrait-il pleurer leurs réussites et célébrer leurs pertes? Comment trouver sa place entre la mémoire intime et la mémoire collective?